Irving Penn en noir et blanc, mais surtout en noir

Le Grand Palais accueille une rétrospective du photographe américain Irving Penn pour célébrer les cent ans de sa naissance. Comme on prend la ligne 13 (et la 1 aussi), on est allé y faire un tour.

Comment le dire autrement. Je n’ai pas aimé, voilà. Fin du suspense. Déjà, la photo, c’est pas trop mon truc alors bon. Je sais c’est con de dire la photo en général, mais bon c’est comme ça, c’est pas mon truc. Au festival Barrobjectif l’an dernier, disons qu’à peine 5 ou 6 séries m’avaient intéressé, sur la soixantaine proposée. Et Arles sera pour moi davantage la ville des moustiques que celle de la photographie. Mais je fais confiance au Grand Palais et je débarque sur les Champs avec la ferme intention de me réconcilier avec cette branche du huitième art. Première (bonne) nouvelle, le visiteur échappe à la frise chronologique exhaustive du photographe, sa femme, ses enfants, ses cousins, etc. dès l’entrée comme il est de coutume. Ce sera la rare bonne nouvelle de l’heure que je vais passer en ces plaques de BA13. D’ailleurs cette frise, on nous la proposera plus tard, et en double exemplaire s’il vous plait, dans l’escalier au milieu de l’exposition. Premier parti pris, n’exposer quasi exclusivement que le travail en noir et blanc de l’artiste, sur des murs gris unis et mornes. Quel dommage, mais quel dommage. Le Grand Palais a tellement de ressources inventives dans la mise en scène. Dans la première partie principalement composée de photos de mode, le visiteur n’a le droit qu’à des tirages sans couleurs. Or les quelques couvertures de Vogue exposées montrent bien qu’elles n’étaient pas publiées en noir et blanc. Cela devient franchement gênant pour la série sur les peuples d’Amérique du Sud qui arborent devant l’objectif de l’américain leurs tissus les plus chatoyants. Le visiteur doit se contenter d’une double page d’un livre de l’époque en vitrine pour retrouver le rouge, le jaune, les teintes et les jeux de couleur.

Des photos très cliché

Après quatre salles thématiques sur la première partie des travaux du photographe, les commissaires ont cru bon de nous exposer comme trophée, ou comme fétiche, un vieux drap usé. Il s’agit du fond de scène d’Irving Penn, accompagné d’un modèle d’appareil photo d’époque. Mesdames, messieurs, applaudissez maintenant. A peine le temps de souffler que vient la nouvelle banderille, une vidéo du photographe en train de travailler à Marrakech au Maroc, dans les années 60. Et là, comment dire, disons que tout ça a vieilli, disons que c’était une autre époque. Irving ne cherche pas à prendre de la distance ni avec les préjugés ni avec les stéréotypes qui collent aux peuples qu’il photographie. Au contraire, il en rajoute. Et s’il faut aller chercher une chèvre pour faire plus « paysan », allons chercher une chèvre, cela fera mieux sur la photo. L’écho avec certaines images des expositions universelles du début du XXème siècle en Europe résonne cruellement. Aucune bienveillance, aucune empathie dans les clichés d’Irving Penn. Comme s’il avait fait sa part du travail en les photographiant, que c’était déjà pas mal, que lui s’intéressait au moins à eux, contrairement à d’autres, et qu’on pouvait surtout lui dire merci. Quand il va montrer un modèle nu dans la salle qui suit, aucune beauté ne s’en dégage. Quand il va montrer des mégots de cigarettes ramassés par terre, le visiteur est perplexe. Et je vous passe la série sur les fleurs, en noir et blanc naturellement.

Un goût amer dans la bouche

J’accélère, je n’ai plus grand-chose à faire là, je suis gêné et j’ai envie que ça se termine. D’aucuns diront que je n’étais pas dedans. A la fin il me reste ce sentiment : il y a deux catégories de gens pour Irving Penn. D’abord les mannequins (qu’il épouse pour une d’entre elle) et les comédiens, artistes, réalisateurs, écrivains, enfin les gens célèbres, ou les gens riches, ou les deux, de son époque, qu’il capte avec intérêt, parfois mystère, parfois encore condescendance. Et puis les autres, ceux qui portent un intérêt ethnographique au gré de la commande des grands magazines : les petits métiers (la série vaut à la limite sur des jeux de comparaison entre parisiens, londoniens et new yorkais), les peuples d’Amérique du Sud ou d’Afrique du Nord. D’ailleurs, tant qu’il est question de commande, pourquoi rien ne nous est montré sur son travail publicitaire ? Par pudeur sans doute. Alors oui, Ok, je n’aime pas la photo et de le dire en général, c’est toujours aussi con. Mais ce n’est pas Irving Penn qui me ramènera vers elle.

Irving Penn, jusqu’au 29 janvier au Grand Palais

BP

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