Luchini Superstar

AVT_Fabrice-Luchini_6188.jpgIl le répétait à l’envi au printemps, non sans gourmandise, Luchini est complet jusqu’à l’été. Une des raisons de la reprise annoncée le 21 septembre au Théâtre de la Porte Saint Martin, à Paris? A 67 ans, l’acteur y jouera encore, à la rentrée, son spectacle « Des écrivains parlent d’argent » avant de l’emmener en province, notamment à Bordeaux et Clermont-Ferrand, devant un public il faut bien l’avouer complètement acquis à sa cause. Et même si entre deux lectures, le sketch de la femme qui traîne son mari un soir de semaine, tout à la gloire de Fabulous Fab, fonctionnera à merveille, il ne concerne que peu d’intrus dans la salle.

Chaque soir, le fan club de Luchini répond présent, à boire sa déclamation si particulière, si enjôleuse. Et c’est là tout le génie de Luchini. S’être construit au fil des années un groupe d’aficionados nombreux, capables de le suivre partout, sur tout. Arriver à lui seul à traîner des foules – 1100 personnes chaque soir, excusez du peu – pour entendre déclamer du Péguy, du Zola ou du Cioran sur un thème sur le papier plutôt aride : l’argent.

Outre les lectures parfois complexes, un spectacle de Luchini n’est à nul autre pareil. Grâce à l’énergie qu’il met sur scène, rare dans le métier et qui le hisse en bonne place des figures du one man show. Grâce à sa dose d’improvisation, qu’on imagine et espère différente chaque soir, qui va de l’achat de son appartement dans le XVIIIème arrondissement parisien à la venue d’Emmanuel Macron, d’une fable de La Fontaine en verlan à un notaire corse. Contrairement à mes inquiétudes avant le spectacle, je n’ai senti poindre le début de l’exaspération que très tard – disons au bout d’une heure et demi – et ce sentiment s’est assez vite dissipé.

 

Gauche Trapenard

Le spectacle repose toujours sur les mêmes ficelles. Un texte littéraire, lu en premier puis repris et explicité phrase à phrase à la manière d’un prof de philo un poil déjanté, ou bien l’inverse, le texte abordé phrase à phrase puis lu d’une traite en guise de conclusion, avant de passer au suivant. Des répétitions – la répétition n’est-elle pas à la base de l’enseignement ? – des retours en arrière, des répétitions encore. Quelques sketchs, entre deux blocs de textes. Des digressions. Des menaces aussi, du style « hier j’ai fait une demi-heure là-dessus », et du polissage de sa propre légende, d’un rappel subtil de son passé de garçon coiffeur à son succès auprès des femmes, des « bonjour camarade » d’un Lionel Jospin cycliste à l’île de Ré et de la satisfaction de classe d’un public gaucho-bobo-francintero quelque chose – la gauche Trapenard comme je l’ai entendu dans un autre contexte – dénonçant les inégalités et riant de ses propres contradictions, une place à 68 euros dans la poche.

S’il n’est pas exempt de reproches, si par quelque provocation ou maladresse on a pu voir chez lui un pointe de misogynie, ne lui enlevons pas, à Luchini, cet amour sincère des mots et de la langue, et son goût de le transmettre et de le faire partager. Ne lui enlevons pas cet hommage et cette reconnaissance posthume donnée à des écrivains disparus et souvent oubliés. Ne lui enlevons pas sa confiance dans l’intelligence d’un public à qui il propose des textes difficiles, appelant à la réflexion, tout l’inverse de l’abandon devant la facilité. 

Luchini c’est à part. Et ça vaut le coup d’être vu, au moins une fois. Pour voir.

BP

 

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