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Au cœur des violences policières

Le film de David Dufresne, Un pays qui se tient sage, sort en salle mercredi 30 septembre. Un documentaire salutaire qui pose de nombreuses questions sur la légitimité de la violence et qui invite au débat sans rechercher la moindre polémique.

Et revoilà David Dufresne. Après ses tweets Allô Place Beauvau dans lesquels il interpelle directement le ministère de l’intérieur sur l’usage inapproprié de la force dans les manifestations des gilets jaunes, le journaliste (ex de Libération et de Mediapart) revient avec un film consacré aux violences policières. Entre temps, il a sorti un bouquin sur ce même thème. Un roman dans lequel le personnage principal lui ressemble drôlement alors qu’il le dépeint comme un héros des temps modernes. Un tantinet prétentieux.

Cette fois-ci, le lanceur d’alerte s’efface derrière la caméra. Son film Un pays qui se tient sage sort mercredi 30 septembre au cinéma et c’est une vraie claque. Il nous (re)plonge dans les manifestations parisiennes qui ont eu lieu ces deux dernières années et interroge sur la légitimité de l’Etat d’utiliser la violence pour les encadrer. Attention, certaines images sont insoutenables (mains arrachées, oeil percé, visages ensanglantés…) mais ne pas les montrer serait faire abstraction de ce qu’il se passe depuis deux ans en France. Pour autant, le cinéaste ne tombe pas dans le pathos, ni dans le gore.

Le film pose de nombreuses questions. L’usage de la force est-elle appropriée ou pas ? Vivons-nous toujours en démocratie ? Les policiers sont-ils responsables de ces violences ? Quelques réponses sont apportées mais là n’est pas l’essentiel. La force de ce film est de laisser place au dialogue. Commentant les images amateurs montrées à l’écran par le réalisateur, des policiers, journalistes, historiens, avocats, gilets jaunes mutilés débattent sur ces questions. L’échange cordial entre un journaliste défendant son métier et dénonçant les violences policières et un policier défendant ses collègues et dénonçant l’attitude des manifestants est du jamais vu à la télévision comme au cinéma. Un exercice salutaire en ces temps de clash, de buzz et de recherche d’audimat. Le spectateur se fera sa propre opinion à la suite de la séquence.

Là où le film est aussi intelligemment construit c’est qu’il ne dévoile l’identité et la profession des personnes qui s’expriment qu’à la toute fin. Ça surprend au départ mais ça a l’avantage de nous faire réfléchir sur les différents discours sans a priori. Cependant, on parvient facilement à discerner policiers et gilets jaunes. Un de ceux là, touché par un tir de LBD témoigne : « Je lui pardonne au policier. Il est sûrement père de famille lui aussi. Je n’ai pas de haine envers lui. Les coupables, ce sont les décisionnaires, l’Etat, le président ». Le film est tout sauf un brûlot anti-flic. Il pointe surtout la responsabilité d’Emmanuel Macron et du gouvernement dans leur stratégie de maintien de l’ordre. Les flics étant les pantins animés de la main de fer du ministère de l’intérieur.

On a tellement vu d’images de violence policière sur les réseaux sociaux et à la télévision qu’on en a presque oublié certaines. Le documentaire rappelle toutes ces scènes. La violence gratuite sur des manifestants réfugiés dans un Burger King. L’humiliation de jeunes lycéens à genoux les mains derrière la tête. Le passage à tabac d’un couple par un individu grimmé en policier qui sera identifié quelques semaines plus tard comme étant Alexandre Benalla. Un pays qui se tient sage est un film nécessaire. Utile. Pour ne pas oublier.

A. M.

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