Black Manoo, junkie abidjanais dans les rues de Belleville

Dans son troisième roman, Gauz nous fait voyager dans la Paris populaire et militant du 20e arrondissement.

« On ne rentre pas dans une ville comme dans un grenier à mil ». Le conseil donné à Black Manoo par son idole Gun Morgan résonne dans sa tête depuis son départ de Côte d’Ivoire pour la France. Lui, le sans papier et junkie abidjanais, qui a réussi à déjouer tous les contrôles de police depuis Abidjan grâce à Marabout-Bakar – féticheur multiguérisseur, spécialiste en fortune, porte-monnaie magique et j’en passe – ne peut pas débarquer à Paris comme ça. Alors une fois arrivé à la Porte des Lilas et avant de faire ses premiers pas dans la capitale, le jeune ivoirien verse quelques gouttes d’alcool sur le bitume et récite la généalogie des rois de France. Très vite rattrapé par ses vieux démons – la coco et l’héro – Black Manoo se perd dans les rues de Belleville à la recherche de sa dose. C’est là qu’il rencontre Lass Kader, son ancien dealer du pays. La vie parisienne commence pour ce camé sans pap’.

Dans son troisième roman, Gauz tire le portrait d’un jeune paumé africain dans le Paris des années 90-2000 confronté à la misère sociale. L’auteur questionne la notion de la différence – de couleur de peau, de nationalité mais aussi de revenu. Gauz se moque aussi bien des noirs que des blancs. A travers son récit, il tente de casser les préjugés racistes et les rumeurs bien ancrés d’un côté comme de l’autre. Ici, tous sont pauvres, qu’ils soient blancs, ivoiriens, français ou noirs. Et c’est la solidarité et l’entraide entre génération qui les font tenir.

De Porte de La Chapelle à Colonel Fabrien, de la Place de la République à Stalingrad, on suit Black Manoo dans ses différentes aventures professionnelles, amoureuses et amicales. Il squatte un temps dans un immeuble où cohabitent blancs altermondialistes et noirs en situation irrégulière. Puis achète un local à « un vieux blanc », « raciste et riche ». Une rumeur de plus. Bernard Bressac a le cœur sur la main. Il lui parle du quartier, lui l’auvergnat qui est venu s’installer dans ce « mille-feuilles de gens pauvres venus de France, Belgique, Arménie, Pologne, Italie, Espagne, Maghreb et que sais-je encore. »

Ce « roman-monde » – terme emprunté à la 4e de couverture – est rempli d’humour et d’optimisme. « Monde » car en effet, le héros voyage de Paris à Abidjan, du quartier huppé de Cocody au populaire de Belleville, de squats en bars clandestins… Paris reste le lieu principal du récit, où les putes chinoises – les tlenteulos – côtoient les Chibanis et les Soninkés. Une ode au multiculturalisme de la capitale.

Black Manoo – Gauz – Aux éditions Le Nouvel Attila – 18 €

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