Valentin Gendrot, dans la peau d’un bleu

Dans Flic, le journaliste infiltre le commissariat du 19e arrondissement parisien et dénonce à la fois les mauvaises conditions de travail des policiers et les violences policières.

Infiltrer la police. C’est le défi que s’est lancé Valentin Gendrot, journaliste indépendant de 32 ans, en mars 2017. Intrigué par une manifestation de policiers dénonçant leurs conditions de travail quelques mois auparavant, le jeune reporter souhaite voir par lui même.« Ils vivent quoi les flics ? C’est quoi ces conditions de travail insoutenables dont ils se plaignent ? », se questionne-t-il. Serait-ce « juste un repaire d’alcooliques et de racistes », comme lui souligne son père ? Les flics, tous pourris ? Le journaliste ne le pense pas mais il souhaite vérifier. Quoi de mieux qu’une infiltration pour se rendre compte de la réalité du terrain.

Il est habitué à ce style d’enquête. En 2017 déjà, il avait écrit sous pseudonyme Les Enchaînés – il se faisait alors appelé Thomas Morel – dans lequel il décrivait le quotidien de salariés précaires dans des grandes entreprises du Nord de la France. Pour l’écrire, il s’était fait embaucher dans 5 entreprises différentes. Un récit poignant qui avait été salué par la critique.

Cette fois-ci, c’est une autre histoire. Infiltrer la police : aucun journaliste ne l’avait encore fait. Alors quand l’auteur se pointe devant l’Ecole nationale de police de Saint-Malo pour sa rentrée des classes, il ne fait pas le malin. Il psychote même. Et si les flics savaient qui il était vraiment ? Le récit débute donc à l’école. Une formation express de 3 mois pour devenir agent contractuel. C’est peu. Le formateur lui-même parle d’« une police low-cost ». Un problème car une fois diplômé, l’adjoint de sécurité peut menoter, procéder à une palpation, participer à une interpellation et porter une arme automatique sur la voie publique. Rien que ça.

Dans ce récit chronologique, Valentin Gendrot démontre avec brio comment un corps de métier, peu ou mal formé, est ammené à gérer des situations compliquées sans beaucoup de moyens. Un très bon livre qui mêle situations professionnelles et personnelles où l’on apprend plein de choses – l’existence et le fonctionnement de l’I3P à Paris notamment – et dans lequel l’auteur dénonce les mauvaises conditions de travail de ces fonctionnaires qui touchent un salaire de misère à la fin du mois.

Ce livre est tout sauf un un brûlot anti-flic. Ce qualificatif est utilisé par certains policiers aujourd’hui car l’auteur ose parler de violences policières dans son récit. Il s’agit tout simplement d’une réalité qui dérange. Le journaliste raconte les scènes de violences gratuites de la part de ses collègues du commissariat du 19e arrondissement de Paris envers des migrants, des étrangers, des noirs, « des batards » comme les flics les appellent. En six mois d’infiltration, le reporter a vu ses collègues rouer de coups de nombreuses personnes en toute impunité. Lui-même a dû signer un procès-verbal mensonger pour disculper l’un de ses camarades. Car c’est bien là le problème. Sans infiltration, impossible de connaître les dérives au sein de la police. Tout y est cadenassé. L’auteur écrit : « Lorsque des flics dérapent, tout le monde se serre les coudes, et la hiérarchie enterre souvent ce qu’elle préfère considérer comme des « errements ». Dans la majorité des cas, cette hiérarchie n’a pas le choix, à force de demander l’impossible à ses hommes et ses femmes de terrain, elle ne peut ensuite que les couvrir. »

Cette infiltration permet de lever le voile sur les agissements de certains policiers malintentionnés. Malheureusement pas si rares que ça. Un livre à lire de toute urgence.

A.M.

Flic, un journaliste a inflitré la police. De Valentin Gendrot aux éditions Gouttes d’Or. 330 pages. 18 €.

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